Budapest, de notre correspondante
Discrètement et sans passion, la Hongrie célèbre aujourd'hui le quarantième anniversaire de l'insurrection d'octobre 1956. Cet événement qui a ébranlé le monde communiste n'est plus qu'une page d'histoire pour une population essentiellement soucieuse de son niveau de vie, plus inquiète des «affaires» de la privatisation que de son passé. On est loin des années 1989 et 1990, où l'on s'arrachait journaux et livres sur 1956 et où la télévision diffusait force émissions sur cette période. «Nous avons tant dévoré sur ce sujet que j'avoue ne plus avoir très faim aujourd'hui», confie un jeune politicien.
La journée du 23 octobre avait débuté par une manifestation d'étudiants. Parti de la statue du poète Sandor Petöfi inspirateur de la révolution de 1848, le cortège hérissé de bannières grossit et réunit, à la nuit tombante, 200 000 personnes sur la place du Parlement. Enthousiaste, la foule exige le retrait des troupes soviétiques, des élections libres et le retour d'Imre Nagy, communiste réformiste écarté du pouvoir en 1955. On se met à conspuer l'étoile rouge et à reprendre en choeur les vers de Petöfi: «Debout, Hongrois...» Les manifestants se dirigent ensuite vers la radio. Là, les forces de sécurité ouvrent le feu. L'armée hongroise fraternise avec les étudiants. La révolution commence.
«Le 23 octobre, à 10 heures du matin, personne n'aurait pu dire qu'à 10 heures du soir la République populaire n'existerait plus, qu'il n'y aurait plus ni arm




