Zurich envoyé spécia
Au troisième étage d'un immeuble un peu vétuste sur une artère zurichoise, encadré par un salon de coiffure et un vendeur d'appareils photo, se trouve le bureau de Hanspeter Häni. Cet ancien responsable de la Banque cantonale zurichoise, âgé de 46 ans, est l'ombudsman (médiateur) des banques suisses. Depuis le début de cette année, il centralise les recherches sur les avoirs juifs en déshérence. Une mission «sensible» qui touche à l'honneur et à la réputation internationale de la Suisse, et qui a pris ces derniers jours un relief particulier: survivante d'Auschwitz devenue citoyenne américaine, Gizella Weisshaus vient de réclamer par voie judiciaire 20 milliards de dollars aux banques suisses pour avoir dissimulé pendant plus de cinquante ans l'existence de comptes ayant appartenu à des victimes du nazisme (1).
A l'interface du monde financier et des familles des victimes des persécutions nazies, du monde feutré des banques et des turpitudes de l'Histoire, Hanspeter Häni tient un rôle central. Avant que l'office des recherches soit institué, les familles des victimes devaient s'adresser elles-mêmes à chacune des 600 ou 700 banques suisses pour récupérer l'argent de leur proche disparu. «C'était pratiquement impossible que leurs démarches aboutissent», commente Hanspeter Häni. Il a injecté un peu de bons sens et d'humanité dans les procédures. Ainsi, il n'exige plus, comme certaines banques le faisaient, des certificats de décès pour les victimes des camps




