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Libération

A Goma, le calvaire pour la survieLa situation devient catastrophique pour la population zaïroise et les réfugiés.

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Publié le 11/11/1996 à 1h45

Goma envoyée spéciale

Un jeune en treillis, passablement excité, fait reculer la foule à coups de trique. Ce matin, dès 6 heures, un flot de mamas avec leur panier à commission, d'enfants et d'hommes portant sacs et cartons, a descendu la grande avenue qui mène au lac et à la frontière rwandaise. La veille, la radio avait promis que la frontière serait ouverte: la population zaïroise de Goma ­ qui depuis deux semaines racle les fonds de sac de riz et grignote des biscuits pillés dans les stocks des organisations humanitaires ­ pourrait ainsi aller faire leurs courses à Gisenyi, au Rwanda. Deux heures plus tard, les mêmes remontent l'avenue, harassés: «Pourquoi déranger la population? Ils n'ont qu'à nous laisser tranquille.» Nous sommes abandonnés de tous, disent-ils: «Si jamais les Européens viennent pour les réfugiés, on les molestera. Les réfugiés sont des hommes et nous?" des abeilles?» L'après-midi, pourtant, quatre camions franchissent la barrière et reviennent avec des pommes de terre et des choux. D'autres distribuent des savons, venus dont ne sait où. A chaque fois, c'est l'assaut. De temps en temps, les rebelles tirent en l'air pour disperser la foule.

Depuis vendredi, grâce aux passages négociés de quelques camions et de commerçants, on trouve à nouveau à manger à Goma. A condition d'avoir de l'argent. Hier, dans un marché de la périphérie, les femmes avaient étalé sur le sol des petits tas de patates douces, des haricots et du riz. Les prix ont triplé. Une chèvre, l

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