Ding Zilin, enseignante de philosophie, lauréate du «prix de la
mémoire 1996» décerné hier à Paris par Danielle Mitterrand (1), n'a pu se rendre en France pour recevoir cette récompense. Eût-elle quitté son pays, la Chine populaire, elle aurait encouru le risque, singulier mais devenu courant pour les dissidents chinois, d'être refoulée à la frontière lors de son retour et de se retrouver ainsi apatride. Depuis qu'elle a perdu son fils de 17 ans, Jiang Jielian, tué dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 par l'Armée populaire de libération (il a été écrasé par un char) lors de l'assaut donné contre le mouvement étudiant de la place Tian Anmen, l'enseignante de 58 ans s'est donné pour mission de répertorier les noms des victimes morts, handicapés à vie, blessés et d'aider leurs familles. Mission impossible lorsqu'on prend toute la mesure de l'appareil de propagande mis en oeuvre par le régime communiste pour gommer des mémoires cet épisode sanglant qui entache irrémédiablement sa réputation. L'histoire réécrite. Comme du temps de la révolution culturelle, où les personnalités en disgrâce disparaissaient des photos officielles, Pékin réécrit l'Histoire. Une directive du parti, par exemple, interdit aux certificats de décès établis début juin de mentionner la cause de la mort ou sa date exacte. Dans le même temps, Pékin persiste à minimiser le bilan. Le président chinois, Jiang Zemin, n'a pas craint de qualifier les protestations unanimes en Chine et dans le reste du monde au len




