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Philippines: les terres au bout du fusilLes paysans victimes d'une «réforme agraire à l'envers»: les grands propriétaires récupèrent leurs biens et tuent les récalcitrants.

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Publié le 08/01/1997 à 16h20

Bacolod, Ile de Negros

envoyé spécial La capitale de Negros Occidental a tout de l'atmosphère typique des Philippines: les vieilles pierres héritées de la colonisation espagnole, les effigies de la Vierge Marie sur les tableaux de bord des jeepneys, le Rotary club pour les grosses familles du coin et, sur le boulevard principal, la rituelle statue de Benigno Aquino - l'homme dont l'assassinat déclencha la révolution du «people's power» et le renversement du dictateur Ferdinand Marcos (1986).

Canne à sucre. La région se distingue du reste de l'archipel par la pauvreté sans pudeur de ses «barangays» (villages) et l'opulence de ses grandes haciendas. L'île cultive le sucre, à perte de vue. Les chargements de canne aux odeurs molles sont acheminés aux raffineries par tracteur, ou sur des locomotives à vapeur américaines des années trente. On récolte pendant six mois de l'année, de septembre à février. Les prix du marché mondial étant plutôt à la baisse, les ouvriers agricoles se contentent souvent d'un seul repas par jour - généralement en fin d'après-midi. Sur les terres mauves de cette grande île méridionale (2,3 millions d'habitants.), les «sacadas» hachent la canne sous la vigilance de gardes armés de fusils automatiques, aux uniformes frappés du blason des propriétaires terriens qui les emploient.

D'origine «mestizos» (métisse) pour la plupart, les oligarchies des environs s'appellent Fernandez, Weber, Montilla... A Negros, rétive aux changements, la fameuse réforme agraire i

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