Vedeno envoyé spécial
Dans les villages de toute la Tchétchénie on en parle d'un ton grave, presque à voix basse, comme pour ne pas briser son halo de légende. Sous le sceau de la confidence, les combattants racontent à l'envi ses faits d'armes, tissant en une geste héroïque de multiples embuscades et d'audacieux coups de mains contre les colonnes russes. Plus sceptiques, les anciens grommellent, irrités par ce «wahhabite venu on ne sait d'où épouser une de nos filles» ou distiller sa vision radicale de l'islam qu'ils jugent peut conforme à la tradition soufie des montagnes du Caucase. Jusqu'au Kremlin qui n'a de cesse de dénoncer ce «dangereux terroriste jordanien», responsable de l'ouverture, à Serjen-Iourt, «d'un camp d'entraînement international» où s'entasseraient quelque 2000 moudjahidin tout prêts à en découdre avec l'Occident. Amusé, un peu narquois, le commandant Khottab laisse dire, assuré de sa position conquise de haute lutte au sein de la direction militaire tchétchène. Il se tait, convaincu que son silence d'ermite, dans ce vacarme autour de son nom, servira mieux sa cause que des discours enflammés en faveur de l'instauration de la charia dans la république rebelle.
Moudjahid arabe. Confortablement installé dans une maison récemment achetée à Vedeno, fief indépendantiste niché dans les montagnes, le commandant Khottab reçoit rarement, toujours après la prière, sa main droite mutilée posée sur un Coran. Aux murs, des bouquets de roses en plastique, négligemment p




