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Portrait

Citizen Crado.

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Larry Flynt, 55 ans, américain, il se veut le Citizen Kane du porno. Milos Forman lui consacre un film.

Publié le 18/02/1997 à 17h26

«J'aime bien les Français, prévient tout d'un coup Larry Flynt. Ils sont très rapides à juger de votre bon goût. Beaucoup moins rapides à juger de votre moralité.» On n'avait pourtant encore rien dit. Peut-être avait-on laissé traîner le regard sur les murs vomissant l'or de son immense bureau de Beverly Hills, effleuré les grands bouquets de fleurs artificielles aux tons fanés, survolé des tableaux qu'on aurait dit sortis d'un bordel bourgeois du XIXe. «Je ne prétends pas être un connaisseur. Quand j'aime, j'achète», avait-il précisé. On avait souri alors aux chérubins dorés, aux dégringolades de chandeliers et aux deux négrillons statufiés qui gardaient l'entrée. On s'était reposé un instant sur le dégueulis pastel des tissus, puis réveillé avec le vermillon du rouge à lèvres de la blonde élégante qui répond au téléphone. «Quand une femme a un joli cul, on peut le lui dire. Certaines prennent ça pour du harcèlement sexuel, d'autres pour un compliment», avait-il noté, assis dans le fauteuil roulant plaqué or où un coup de fusil qui se voulait assassin l'a calé, en 1978, à la sortie d'un tribunal. Le ton était vaguement grivois, mais on y cherchait en vain l'esprit bite-pipi-caca du graveleux Hustler (en français: à la fois:débrouillard, brasseur d'affaires, arnaqueur, prostitué, bousculeur), la revue porno dont il est éditeur et qui «à la différence de Playboy» n'a «pas peur de la sueur et du cambouis». Sa voix est cassée, rendue caverneuse par l'écho d'années de cocktails

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