Menu
Libération
Interview

«Une société traumatisée où tout se superpose»

Réservé aux abonnés

Chômage, pédophilie, séparatisme... Un sociologue analyse les fractures belges.

ParIsabelle MANDRAUD
Bruxelles envoyée spéciale
Publié le 17/03/1997 à 23h12

Pour la troisième fois en moins d'un an, les Belges ont défilé dans les rues de la capitale européenne. Le 20 octobre, 300 000 manifestants s'étaient rassemblés pour rendre hommage aux petites filles victimes du pédophile Dutroux. C'était la «marche blanche». Puis il y a eu, le 2 février, la «marche multicolore»: 50 000 personnes aux couleurs des syndicats belges (rouge, vert, bleu) dans la rue pour protester contre la faillite des Forges de Clabecq. Hier, la nouvelle «marche» belge était entièrement dédiée à l'emploi. Trois marches, trois fractures belges, selon le sociologue Claude Javeau (1). «Il y a en Belgique une fracture sociale, avec la disparition dramatique d'emplois; civique, vis-à-vis de la justice avec les affaires de pédophilie; et, enfin, institutionnelle entre les deux communautés wallonne et flamande», explique ce professeur francophone de l'Université libre de Belgique (ULB), pour qui le conflit Renault, loin de ressouder les deux communautés a au contraire accentué les divisions. Entretien.

A votre avis, quel impact peut avoir l'affaire Renault sur la société belge?

Renault est une affaire qui s'ajoute aux autres. Mais, ce qui est nouveau, c'est que cela se passe en Flandre. Après la fermeture des chantiers navals de Limburg, les Flamands en ont pris un coup, alors que nous sommes plutôt habitués aux catastrophes en Wallonie. D'où leur défense acharnée pour Renault et une réaction assez violente des francophones: la classe politique flamande s'est énormément mobilisée, jusqu'au commissaire européen Karel Van Miert, qui s'était montr

Dans la même rubrique