Kisangani, envoyée spéciale
Le bac traverse lentement le fleuve Zaïre, longe la berge, s'arrête enfin sur la rive droite de Kisangani, troisième ville du pays. Au milieu des poules, des ballots, et d'un couple de chèvres, deux militaires descendent, nonchalants. L'un balance à bout de bras une lampe tempête. L'autre sert un sac en plastique d'où s'échappe un tee-shirt décoré d'un bambi hilare. En allant vers le port, on longe une tombe fraîchement creusée, où une vareuse pareille aux leurs sert de pierre mortuaire. Tout autour, des treillis traînent dans la poussière, tirebouchonnés, quittés à la hâte dans les débâcles.
Les deux militaires remontent l'avenue. S'arrêtent pour embrasser une femme, serrer la main d'une connaissance. Ils se dirigent maintenant vers l'Etat-major de l'armée. Il y a moins d'une semaine encore, ils y faisaient la loi. Aujourd'hui, c'est là qu'ils vont se rendre et «demander pardon aux triomphants». Samedi dernier, sans un combat ou presque, les Forces armées zaïroises (FAZ) du maréchal Mobutu ont perdu Kisangani-la-stratégique, face aux troupes insurgées de Laurent-Désiré Kabila. En ville, seuls trois soldats sont morts, «parce qu'ils étaient trop têtus pour rendre leurs armes».
Fuite. Sur le passage des vaincus, personne ne se retourne. «C'était pareil, mais à l'inverse, lorsque les rebelles sont entrés dans la ville la semaine dernière», se souvient Ci-gît, danseur populaire. «Tous les mobutistes avaient fui par la rivière pendant la nuit. Puis à di




