Kisangani envoyée spéciale
Le long de la piste, chacun a étalé son trésor. Des cigarettes, une grammaire française, trois beignets, une chaussure, des kilos de maïs, un sac de comprimés, des clous. Et, tout autour, ça vend, ça achète, ça troque, dans un vrombissement de marché. Sur les bas-côtés, des cabanes ont été hâtivement dressées et, sur le seuil, on salue en souriant ceux qui continuent à arriver. Une hutte semble vide. Dans la pénombre, trois ombres sont allongées. On ne distingue que les yeux, ouverts et fixes. «Ils sont occupés à mourir», explique la voisine. Plus on s'enfonce au milieu des branchages, plus les cabanes silencieuses sont nombreuses. Parfois, les forces ont manqué même pour croiser par-dessus sa tête deux brindilles et deux feuilles de palme. Côte à côte, sur la terre noire, une famille entière s'est allongée, les bras le long du corps. Et là, on se souvient. Mais si, ce sont les réfugiés rwandais. Trois ans d'exil. En juillet 1994, plus d'un million d'entre eux avaient fui les conséquences du génocide contre les Tutsis au Rwanda pour se réfugier dans des camps, à Goma ou Bukavu, le long du lac Kivu, juste de l'autre côté de la frontière zaïroise. Suivent trois ans d'exil, jusqu'à ce que l'offensive militaire des insurgés de l'Alliance, appuyée par le Rwanda, disperse à coups d'obus ces immenses cités de tentes, que le nouveau régime de Kigali s'impatientait de voir disparaître. Si une partie des exilés a alors pris le chemin du retour, une autre a




