Alger envoyée spéciale
Dans le stade Blida, dix rangées de fauteuils ont été installées en face de la tribune d'honneur, et tout autour, par petits groupes, tourne une foule maigre et taciturne. Un peu plus loin, une poignée de jeunes gens soufflent dans des trompettes, avec une énergie que seul l'écho leur renvoie. «J'ai l'impression de jouer aux chaises musicales», dit un type en survêtement bleu clair. Son copain soupire: «Sauf qu'ici, il y a plus de sièges que de joueurs.» Le fonctionnaire de la préfecture, chargé d'escorter les journalistes dans ce désert de gradins, se révèle un compagnon enthousiaste. A intervalles réguliers, il lance un: «C'est la liesse populaire, non?» Ce jour-là, à Blida, à une vingtaine de kilomètres d'Alger, le RND (Rassemblement national démocratique, parti progouvernemental, est en campagne pour l'élection législative du 5 juin.
La tribune d'honneur, en revanche, est bondée. Il y a là, prêts à prendre le micro, plusieurs ministres actuellement en exercice, la journaliste vedette de la chaîne publique algérienne, un célèbre homme d'affaires. Pouvoir médiatique, pouvoir politique, pouvoir économique. 75% des candidats du RND sont universitaires et plus de 80% exercent ou ont déjà exercé un poste de responsabilité dans l'appareil d'Etat. Parmi la vingtaine de formations en lice, le RND est avant tout le parti de ceux qui ont déjà les rênes du pays, par le biais de nominations après l'annulation des élections de 1991, et entendent maintenant contin




