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Portrait

Louisa Hanoun. La femme défi.

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Louisa Hanoun, candidate du Parti des travailleurs, brave la censure du pouvoir en dénonçant la «double guerre».

Publié le 05/06/1997 à 3h36

Alger envoyée spéciale. C'est une petite salle de cinéma de quartier, avec de lourds rideaux rouges et des lumières voilées qui éclairent à peine les marches disjointes. Hier, on y jouait un vague polar américain. Mais bien malin qui, aujourd'hui à Tébessa, près de la frontière tunisienne, trouverait un siège vide. Dans l'après-midi qui s'étire, l'attente sent la sueur et la poussière.

La voilà. Elle arrive enfin, dans une robe à fleurs un peu trop longue. Un sac avec une grosse fermeture Eclair lui barre la poitrine et chiffonne sa veste. On se l'imaginait plus grande. Elle trébuche. Ses chaussures lui font mal aux pieds. Elle monte sur la tribune, dressée devant le grand écran blanc. Crûment, un projecteur s'allume sur son visage. Elle est crevée. Ça se voit, même si elle s'est repeignée. Elle sait qu'elle est en retard et que, dans une heure pas plus, il faut qu'elle soit repartie.

Alors, sans respirer, elle se lance. Salue. La voix rauque monte. L'oeil charbonneux de tragédienne se pose sur la salle. Elle est incroyablement belle. Un hurlement monte du public. «Louisa. Louisa. Louisa. Louisa.» Il faut s'imaginer ce qu'est la province algérienne pour mesurer l'incongruité, l'aspect presque choquant de cette scène, ces dizaines d'hommes scandant ensemble le nom d'une femme. «Même à moi, à chaque fois, cela me fait drôle», confiera-t-elle après son discours. Devant le public, elle reprend la parole. C'est de politique qu'il s'agit. Elle est membre du minuscule Parti des trava

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