Tebessa envoyée spéciale
C'était jeudi, vers 16heures, jour du scrutin législatif, dans une petite commune de champs et de troupeaux, dans l'extrême-est algérien. Tout le monde avait voté ou presque, parmi les quelques centaines d'habitants de Stah Guentis, lorsque Sanhagi est entré dans la pièce où trône l'énorme urne de bois peint. Là, il alpague les 5 observateurs, tirés au sort parmi les 22 partis en compétition pour surveiller le déroulement des opérations. Qu'ils sortent. Tous. Et vite. Sanhagi saisit l'urne. Le directeur du centre de vote s'interpose. Dehors aussi. L'urne est vidée de ses bulletins et remplie de nouvelles enveloppes, amenées dans un grand sac. A la préfecture de Tebessa, la commission départementale a déposé un recours en annulation. «Mais, si nous avions écouté les villageois, nous aurions laissé passer, confie un de ses membres. Tous nous disaient: "Il n'y a rien à faire. C'est Sanhagi.» Officiellement, Sanhagi n'est personne. Ni maire, ni candidat, ni même militant politique. Il est bien au-dessus de ça. Il est celui qui les fait tous. Depuis des années, ce commerçant arpente la commune, torse en avant, déhanchement arrogant, maître de Stah Guentis, auquel il dicte sa loi. «C'est un richard.» «Il refuse de boire le café avec n'importe qui.» «Il fait peur sans avoir besoin de frapper.» Bref Sanhagi aligne toute les qualités pour être ce qu'on appelle «un des grands notables d'arch», une notion que la facilité inciterait à traduire «chef de tribu», b




