Bruxelles envoyée spéciale
Né à Gand (Flandre) en 1958, francophone et bruxellois, Joel Kotek se définit comme quelqu'un qui «aime la Belgique et ne souhaite pas sa disparition». Son métier de chercheur au Centre d'études en relations internationales et stratégiques de l'ULB (Université libre de Bruxelles) lui fait pourtant envisager un avenir différent pour son pays, notamment dans ses relations avec la France.
Il y a encore un an, les «rattachistes» belges, qui demandent le rattachement de la région francophone wallonne à la France, apparaissaient comme un groupuscule d'hurluberlus. Aujourd'hui, leurs thèses sont sérieusement évoquées par la majorité de la classe politique francophone. Que s'est-il passé?
L'histoire est en effet en train de s'inverser. Jusqu'à présent, nous étions dans le cas de figure où l'exaspération était du côté flamand, les Flamands se sentant historiquement brimés. Les Flamands, majoritaires en Belgique, n'ont jamais été opprimés en tant que tels, ni leur langue interdite. Mais le français était la langue du projet national belge. La Constitution nationale de 1831 a été rédigée uniquement en français. Pour la traduction en néerlandais, il a fallu attendre 1967. Mais, petit à petit, les revendications linguistiques se sont transformées en revendications ethniques. Jusqu'aux accords de la Saint-Michel, qui ont instauré la Belgique fédérale, en 1993, les francophones ont joué le jeu. Ils ont accepté de perdre leur suprématie pour préserver cet Etat qui a




