C'est l'histoire d'un Belge de 40 ans qui avait rencontré le Rwanda
par hasard, quelque part dans la province de Liège, puis est devenu plus hutu que les Hutus. Dans ce pays, où il n'a pas vécu un an, Georges Ruggiu est aujourd'hui un des symboles du génocide contre les Tutsis, dans lequel des centaines de milliers de personnes ont péri entre avril et juillet 1994. Recherché pour incitation à la violence par le biais de Radio Mille Collines, où il travaillait, il a été arrêté la semaine dernière au Kenya après trois ans de cavale. Il doit être transféré au Tribunal international d'Arusha, où il sera le premier étranger à être jugé. Pour l'état civil, Georges Ruggiu se situe quelque part entre l'Italie, d'où ses parents ont émigré, et la Belgique, dont il a pris la nationalité en 1975. Mais, à ses rares amis, il dit qu'il ne «se sent ni l'un ni l'autre». A vrai dire, il ne se sent nulle part. Après des études d'agronomie, il est devenu éducateur, changeant de ville au gré des boulots, évitant sa famille qu'il juge «compliquée». Par relation, il entre en contact avec la petite communauté rwandaise installée en Belgique, où, depuis la fin de la colonisation, les bourgeois de Kigali ont pris l'habitude d'envoyer leurs enfants faire leurs études ou leurs affaires. Dans ces milieux aisés, et donc généralement proches du pouvoir (alors à forte domination hutue), on parle volontiers politique. Le grand mot est «lobbying». Face aux actions de la rébellion armée tutsie du FPR (Front




