Ile de Ré envoyée spéciale
Cela commence comme une virée, racontée au Bar de l'Amirauté. Mais qu'on se garde de rire trop vite. Droit devant donc, le cap Horn. Et voguant vers les quarantièmes rugissants, deux copains de lycée qui ont à peine plus de 20 ans, Gérard Janichon et Jérôme Poncet, partis pour un tour du monde à bord de Damien, petit voilier qu'ils ont mis cinq ans à construire. «Le cap Horn, j'en rêvais. Je me demandais souvent: est-ce que je vais en être digne? C'était alors mon objectif absolu», se souvient Gérard Janichon, 47 ans aujourd'hui. «Nous avions commencé à rencontrer les quarantièmes en descendant les côtes argentines, reprend Gérard. J'avais une impression de merveilleux, une trouille immense aussi. Quand on vit sur un bateau, les relations avec le vent deviennent presque ésotériques. Avec Jérôme, nous ne l'évoquions jamais sous forme de données techniques, genre force 4. Nous lui parlions et lui aussi nous parlait.» Certaines gravures anciennes, du temps des grands voiliers, racontent les fêtes à bord, où, au milieu d'un équipage enivré, deux des marins mènent la sarabande, l'un déguisé en Neptune, l'autre en Eole. Pour le dieu de la mer, c'est systématiquement un quartier-maître costaud, portant barbe et sourcil impérieux, et affublé d'un trident. La divinité du vent, elle, change à chacune de ses incarnations. Certaine fois, elle rayonne de puissance. Une autre suggère la ruse. Une troisième suscite la terreur. Parfois même, un freluquet, qu'on




