Montserrat envoyée spéciale
Dans un mouvement de rideau, la brume, qui masquait le volcan depuis des heures, s'est lentement écartée. Le cratère apparaît et l'horizon soudain lui appartient tout entier. Autour de lui, plus rien n'existe. L'île de Montserrat s'est effacée pour n'être plus que cette énorme masse noire au sommet tranché net. Un bruit assourdi. Maintenant, le ciel aussi est à lui. D'énormes volutes sortent du cratère, un bouillonnement blanc, épais de cendre, de pierres. Cela vole, cela mousse, cela dévale en une longue coulée d'une matière sans couleur, qui ne ressemble qu'à l'inconnu. L'horizon lui-même semble s'être mis à bouillir. En contrebas, dans la mer, il pleut des pierres, l'air est de cendre. «Vous avez vu l'explosion, ce matin?», demande, courtois, Bertrand Osborne, chef du gouvernement local de l'île. Ici, la formule vaut pour un simple bonjour. Cela fait plus de deux ans que Montserrat, officiellement colonie britannique, vit dans l'ombre de la Soufrière, qui s'est réveillée en juillet 1995 après trois siècles de sommeil. Ces vingt-cinq mois de cohabitation avec un volcan pourraient crûment se résumer en quelques chiffres. Sur les 11 000 citoyens, la moitié a choisi l'exil, et parmi ceux qui restent, 1 500 vivent dans des abris en préfabriqué. La semaine dernière encore, la zone «sûre», c'est-à-dire à peine un quart des 106 kilomètres carrés de l'île autorisés à l'habitation, a encore été réduite devant un nouvel assaut de la soufrière.
«N'importe




