Buenos Aires, de notre correspondante
Trois milliards de dollars en bons du Trésor, c'est la somme que l'Etat argentin a prévu de débourser pour indemniser les familles des personnes disparues sous la précédente dictature (1976-1983): 10 000 officiellement, 30 000 selon les organisations de défense des droits de l'homme.
En 1994, une loi a accordé un statut juridique à la disparition, définie comme «absence pour disparition forcée». «Avant, légalement, il n'y avait que des morts ou présumés morts; mais avec cette loi, l'Etat a reconnu le génocide et, d'une certaine façon, a pris en charge le terrorisme d'Etat», explique Silvia Gurrea, avocate de Familles des disparus, et dont le frère a été emporté par la répression. Pourtant, le disparu n'est toujours pas reconnu dans le code civil argentin. D'où le parcours kafkaïen des familles qui, pour constituer les dossiers, doivent demander à la police le casier judiciaire actualisé du disparu, comme s'il était toujours vivant.
«Paradoxalement, de son côté, l'Etat nie toujours avoir la moindre information sur les disparus», remarque le prix Nobel de la Paix, Adolfo Perez Esquivel, qui réclame l'«entière application au droit des conséquences du terrorisme d'Etat».
En 1994 aussi, une première loi de «réparation historique» avait accordé des indemnisations aux milliers de prisonniers politiques survivants. En ce qui concerne les familles des «disparus», la secrétaire aux droits de l'homme, Alicia Pierini, estime que 8 000 demandes ont déjà




