Tokyo de notre correspondante
Le verdict est historique. Pour la première fois, le gouvernement japonais vient d'être condamné par la Cour suprême pour avoir censuré dans un manuel scolaire les références à la guerre bactériologique menée en Chine et à Singapour pendant la Seconde Guerre mondiale par la sinistre unité 731 (lire ci-contre), un corps spécial de l'Armée impériale japonaise qui a aussi pratiqué des expérimentations biologiques sur des prisonniers civils chinois.
En supprimant ce passage de l'ouvrage, le ministère de l'Education a commis un acte «illégal», ont estimé hier les juges de la Cour suprême. Ce verdict met ainsi un terme à plus de trois décennies d'une guerre judiciaire sans relâche engagée par le professeur d'histoire Saburo Ienaga contre les autorités .
Cette condamnation de l'Etat nippon tombe paradoxalement à point nommé pour la diplomatie japonaise puisque le Premier ministre, Ryutaro Hashimoto, se rendra en visite officielle en Chine la semaine prochaine. Mais elle survient aussi à un moment où une nouvelle génération de révisionnistes japonais, n'ayant souvent pas connu la guerre, se fait entendre de plus en plus bruyamment. Un courant appelé ici Jiyushugi shikan, ou «conception libérale de l'histoire».
Le chef de file de ce courant est le professeur Nobukatsu Fujioka, de l'université de Tokyo. Communiste dans sa jeunesse, cet historien de 53 ans qui a fréquenté l'université de Rutgers (New Jersey) a viré à l'extrême droite lors de la guerre du Gol




