Tokyo de notre correspondante
Chirurgien dans l'armée impériale japonaise pendant la guerre, envoyé en Chine où il pratiqua des expérimentations sur des cobayes humains, Ken Yuasa, 80 ans, milite aujourd'hui pour que le Japon reconnaisse les atrocités qu'il a commises. Il dénonce ceux qui occultent, ou parfois nient, cette période sombre de l'histoire.
Quels crimes avez-vous commis?
J'ai tué de sang-froid quatorze Chinois dont sept en pratiquant sur eux des vivisections. L'armée avait décidé d'installer des hôpitaux sur les lignes de front pour pouvoir secourir plus vite ses blessés. Les chirurgiens faisant défaut, tous les médecins ont été formés pour pouvoir répondre aux opérations d'urgence sur le front.
Je me trouvais à l'époque dans un hôpital militaire situé à Lo-yang dans la province de Shanxi. Nous devions apprendre à couper une jambe, un bras, à inciser la gorge pour pratiquer une trachéotomie, par exemple. On nous a donc fait pratiquer en masse des vivisections sur des cobayes humains. Je suis vite passé du stade de l'apprenti à celui du professeur, montrant aux plus jeunes docteurs comment découper un corps humain. Cette fois-là, les victimes étaient sous anesthésie. Mais ce ne fut pas toujours le cas.
Comme ultime entraînement, on m'a envoyé avec quarante autres chirurgiens dans un camp de prisonniers à Tai-yuan. Il s'agissait d'apprendre à extraire une balle de l'estomac d'une personne encore en vie. Les prisonniers chinois nous ont servi de cobayes une nouvelle fois




