Entré dans l'Histoire un peu par accident, Mikhaïl Gorbatchev n'a
pas aimé en sortir. Six ans après son renvoi au vestiaire par Boris Eltsine, son amertume est intacte, même s'il tente de la tempérer par des considérations géostratégiques langue de bois. Présent à Paris pour lancer ses Mémoires (1), le dernier secrétaire général de l'URSS s'est dépensé sans compter: colloque à la Sorbonne, déjeuner avec Jack Lang, président de la commission des affaires étrangères, conférence de presse, dédicaces aux Galeries Lafayette, dîner à l'Institut des relations internationales, interviews tous azimuts" S'il aime bien parler de lui, Gorbatchev est plutôt pingre question révélations. Interrogé sur les zones d'ombre de la tentative de putsch de 1991, il esquive: «Il y a des choses que je ne dirai jamais, aussi bien en ce qui concerne cet événement que la riposte que j'avais envisagé de donner au projet de guerre des étoiles de Reagan.» Il est, en revanche, prolixe lorsqu'il s'agit de dénoncer l'aspect «destructeur et instable» d'Eltsine, dont le règne pourrait entraîner «un drame dont on ne soupçonne pas l'ampleur». Tchoubaïs et Nemtzov, chargés des réformes, ne trouvent pas plus grâce à ses yeux. «Ils m'impressionnent autant qu'Eltsine», lâche Gorbatchev avant de déclarer regretter la NEP, cette concession tactique faite par Lénine pour sauver la révolution du désastre économique.
Nostalgique de Mitterrand («Nous avons chanté ensemble»), jaloux de feu Sakharov («Qu'on ne me dise pas qu'




