Buenos Aires, de notre correspondante.
La journée d'Alejandra, 32 ans, commence tôt. Avec l'arrivée du camion de lait vers 6 heures du matin. «Samedi, avec l'orage, il s'est embourbé. J'ai dû aller chercher les caisses à pied», se plaint-elle. L'asphalte n'est pas encore arrivé jusqu'au barrio America Latina, au bord du Riachuelo, le cours d'eau le plus pollué de la banlieue de Buenos Aires. Ce qu'Alejandra a dû charger sur son dos, ce sont les sachets d'un demi-litre de lait que viennent chercher chez elle une centaine de mères démunies du quartier. Tout est répertorié sur des grilles qu'elle remet ensuite à la municipalité. Dans la grande banlieue, plus de 600 000 rations sont ainsi distribuées chaque jour, agrémentées de trois oeufs et d'un kilo de céréale par semaine. Grâce au réseau serré de 22 000 femmes volontaires, appelées manzaneras (elles sont chargées de quelques manzanas ou pâtés de maison). «Il n'y a aucun bénéfice à être manzanera. On a simplement une ration supplémentaire. Moi, je le fais par solidarité. Mais ça prend du temps», soupire Alejandra tout en allaitant le dernier de ses six enfants. Ancienne militante péroniste, elle assure qu'elle n'est plus dans le parti. Et ne se fait pas beaucoup d'illusions sur son rôle social. «Pour moi, c'est politique, c'est pour gagner des voix. Après les élections, tout ca va s'arrêter... Ce ne sera pas la première fois», présage-t-elle.
«El otro pais». Le Grand Buenos Aires, où sont concentrés 8 millions d'habitants




