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Reportage

Chine. Un million d'hommes chassés du fleuve bleu. En 2009, le plus grand barrage du monde se dressera sur le Yangzi, et des milliers de villages seront submergés. Images d'un gigantesque exode.

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Publié le 22/11/1997 à 12h37

Jamais l'homme n'aura déplacé autant de terre, de roc, de béton, de

machines et d'êtres humains pour bâtir un édifice aussi gigantesque. A l'achèvement du barrage des Trois Gorges, en 2009, 13 villes et 4 500 villages, 28 000 hectares de cultures seront submergés par le lac de retenue de 600 kilomètres de long créé par l'ouvrage hydraulique. Il chassera devant lui 1,2 million de personnes. Cités-dortoirs. Pour l'heure, 100 000 riverains du Yangzi (ou Yang-Tsé Kiang, le fleuve Bleu), ont déjà été réinstallés, emportant tout ce qu'ils pouvaient avec eux: poutres, briques, moellons, parfois jusqu'aux cercueils de leurs ancêtres. Ils sont priés de se sédentariser sur des terres fraîchement défrichées sur les hauteurs, ou de s'installer dans des cités-dortoirs, pour devenir la main-d'oeuvre des ateliers et usines censés s'installer dans un avenir proche. Ce qui frappe d'emblée, c'est le gigantisme de ces travaux si loin de l'échelle humaine, mais aussi leur anachronisme. Ces ruraux qu'on devine engoncés dans un univers traditionnel, un attachement viscéral à la terre, se voient condamnés par la vision futuriste qu'incarne ce barrage construit avec la technologie la plus moderne. De ces instantanés des populations déplacées surgit le sentiment d'inutilité qui caractérise l'«homme de la masse». La gigantesque transhumance laisse derrière elle une future Atlantide d'usines, de mines, de masures, d'immeubles de brique rouge, de rizières et de champs.

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