Buenos Aires, correspondance.
Devant le palais du gouvernement, mercredi soir, les employés de banque ont fait place à des femmes aux cheveux et foulards blancs et à des dizaines d'adolescents qui leur tiennent le bras. Entre les palmiers, sur les pelouses, de petites tentes ont été plantées. Une fois par an, en décembre, la ronde hebdomadaire des Mères de mai se prolonge pendant 24 heures en une marcha de la resistencia, à laquelle participent de nombreux jeunes argentins, dont certains sont fils de disparus.
Le ciel est déjà tissé d'étoiles quand Veronica arrive, avec dans les bras Luna, sa fille de 4 mois. Luna ne sait rien encore de l'histoire que Veronica commence à retracer. Elle avait 8 ans en 1977, en pleine dictature militaire. Ses parents étaient séparés. En début d'année, c'est d'abord son père, militant de gauche, qui est séquestré. «Je vivais avec ma mère et son nouveau compagnon dans une ferme, à Cordoba. Un soir, un camion militaire est arrivé. A son bord, une douzaine d'hommes armés. Ils nous ont enfermés dans une chambre, mon frère, moi et les jumelles de 22 mois. Plus tard, par la fenêtre, j'ai vu qu'ils embarquaient ma mère et son ami, les yeux bandés.» Ce soir-là, trois autres personnes travaillant dans la ferme sont aussi séquestrées. Le lendemain, les enfants sont conduits chez des voisins. «Pour nous récupérer, nos grands-parents, qui vivaient dans la capitale, ont dû prouver leur relation de famille avec nous. Les militaires ont même eu la cruauté de de




