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Libération

ALGERIE : Le dossier noir des disparus.

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Publié le 04/02/1998 à 19h31

Elle sait qu'un des militaires finira par faire ce geste. Elle

l'attend. Depuis le temps qu'elle va de caserne en caserne, il y a toujours un soldat pour le faire. D'un coup, l'un d'eux tire la voilette qui masque son visage jusqu'aux yeux. Un autre enlève le foulard qui enveloppe ses cheveux. Tout autour, les bidasses rient. On lui remet le fichu, comme un oripeaux, à la va-vite, juste pour le plaisir de l'arracher à nouveau. Certains chantent: «Au revoir Maman Terro» (abréviation algéroise de terroriste). Elle a appris à ne plus bouger. A ne plus se cacher le visage dans les mains. Elle dit juste qu'elle a compris que l'entretien est terminé. Depuis deux mois, Zohra arpente les commissariats, les garnisons, les administrations à la recherche de son fils, un chauffeur enlevé en plein jour, dans un quartier périphérique d'Alger. Avec deux clients à bord, il s'est arrêté téléphoner à une cabine lorsque deux policiers ont surgi. Un des clients a juste ramené la carte de téléphone à Zohra.

Maintenant, comme des milliers d'autres mères, elle court dans la ville, n'importe où. «Je n'espère plus, je demande juste un cadavre. Je n'ennuirai personne, je le jure. Jusqu'à ce jour, je n'étais jamais sortie seule de notre quartier. C'est contre la tradition. Je n'arrive toujours pas bien à m'orienter. Chaque fois que je vois un bâtiment officiel, je rentre pour demander où trouver mon fils. Si mon mari apprend cela, surtout l'histoire de la voilette, ce serait la perte de l'honneur famil

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