Alger, envoyée spéciale.
Ce soir-là, chacun était resté chez soi pour écouter une chanteuse libanaise qui passait à la télé. Chez Z., on a frappé au carreau. C'était Mourad. «Il faisait partie des amis du village, raconte Z. Il était essoufflé. Son père venait de découvrir un talkie-walkie sous son lit. En cachette, Mourad renseignait le maquis. Son père a dit: "Tu arrêtes ou tu fous le camp. Mourad avait claqué la porte et venait me faire ses adieux. Moi aussi, j'avais voté FIS. On avait tous voté FIS. Quand le parti a été dissous, on a eu l'impression d'avoir été volé une fois de plus par ceux qui nous dirigent. Par sa décision subite de prendre les armes, Mourad n'était déjà plus le même ce soir-là. Pour boire, il s'est accroupi par terre. "Le Coran l'exige, a-t-il dit. J'ai répondu: "Tu vas égorger des gens mais boire assis, cela t'est interdit!» C'était en 1992, dans un village entre Laarba et Meftah, à une trentaine de km d'Alger. Ici, prendre le maquis, c'était continuer tout droit la grand-rue du hameau. Après la dernière villa commence la montagne et le «territoire» de l'AIS, le bras armé du FIS. «A partir de là, celui sur qui on tombait était forcément maquisard et vous amenait chez l'émir», explique Y., un autre jeune. Six ans plus tard, entre Laarba et Meftah, un groupe d'hommes en armes a dévalé la montagne et égorgé 130 personnes au village de Sidi Hammed.
«Je vomis ce pouvoir.» A l'abri d'une pièce retirée, quelques-uns acceptent de témoigner sur ce que fut et




