Djakarta, correspondance.
Glodok, le quartier chinois de Djakarta, retient son souffle tandis que dans plusieurs villes de Java, Sumatra, Sulawesi et Flores, les boutiques des commerçants chinois sont systématiquement pillées par des foules en colère protestant contre la hausse des prix. Les visages des gens du quartier paraissent plus tendus que d'ordinaire, plus préoccupés. Attablé au seuil d'un warung, ces sortes de petits cafés-restaurants qui longent la rue, un homme lit la dernière édition de Pos Kota, le quotidien populaire de Djakarta, qui rapporte les dernières émeutes survenues en province. Aucune présence militaire n'est visible, mais les gens du quartier jurent que l'armée veille et les protège. «Ici on se sent en sécurité», affirme un vieil homme venu se recueillir au temple bouddhiste Jun-de-Yuan.
La discrétion est de règle. Glodok n'a rien d'un quartier chinois typique. Pas d'idéogrammes découpés au néon aux frontons des boutiques. Pas de cabines téléphoniques en forme de pagode. Pas de devantures flamboyantes aux couleurs rouge et or. Ici, on est chinois. Mais on est avant tout discret.Car il existe en Indonésie une règle, officiellement destinée à prévenir les tensions sociales et garantir l'harmonieuse cohabitation entre groupes ethniques, qui défend à tout citoyen de faire étalage de son appartenance raciale, sociale, ethnique ou religieuse. Les Indonésiens d'origine chinoise n'ont donc pas le droit de parler le chinois publiquement, de célébrer le nouvel a




