Santiago, de notre correspondant.
Fasciné par ses semblables, l'ancien «homme fort» du Chili confesse volontiers son admiration pour Louis XIV, Napoléon, Franco, voire" Fidel Castro. Mais le capitaine-général n'est identifiable à aucun de ses modèles: projeté dans l'Histoire au gré de circonstances exceptionnelles, il y devint aussitôt Pinochet, tyran latino-américain au superlatif, dont la pose caricaturale fut immortalisée par les photographes au lendemain du coup d'Etat de 1973. Le personnage est pourtant plus complexe que ne le laissait supposer son visage granitique rehaussé de lunettes noires.
Descendant d'un Auvergnat parti tenter l'aventure américaine au XIXe siècle, il embrasse le métier des armes à 18 ans. Sa carrière est exemplaire: vingt-cinq ans plus tard, il sera général. Jeune officier, il épouse la fille d'un ancien ministre radical qui lui donne cinq enfants. Une famille de classe moyenne, un bonheur tranquille. En 1970, le socialiste Salvador Allende accède à la présidence de la République. Les convulsions politiques accélérent la promotion du général de division Pinochet. Mélange explosif de réformisme parlementaire et d'activisme révolutionnaire, le régime de l'unité populaire, fondé sur l'alliance PC-PS, s'attire la haine de l'oligarchie nationale et de la Maison Blanche. Un commando d'extrême droite assassine le commandant en chef de l'armée avant qu'il ne prête serment de fidélité au nouveau gouvernement. La stratégie de la tension est lancée.
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