Buenos Aires, de notre correspondante
Datée de mai 1946, la lettre adressée par le cardinal Eugène Tisserant à l'ambassade argentine de Rome va droit au but. Le responsable des Missions du Vatican en Europe orientale, qui sera plus tard cité comme un pape possible, demande à l'ambassade de bien vouloir accorder des visas pour l'Argentine aux familles françaises Plissard et Reuillard, ainsi qu'à M. Mauton, lesquels «en raison de leur action pendant la dernière guerre redoutaient d'être poursuivis s'ils rentraient dans leur pays». En clair, ce sont des collabos.
Le cardinal Tisserant ne semble pas douter de l'issue favorable que recevra sa requête. Prenant en quelque sorte les devants, il a demandé à l'ambassadeur de France à Buenos Aires, le comte Vladimir d'Ormesson, de faire bon accueil à ces familles. Il justifie aussi sa démarche par les encouragements prodigués, lors de leur passage à Rome, par le primat d'Argentine, Mgr Antonio Caggiano, et l'évêque de Tucumán, Mgr Barrere. En effet, ces derniers lui ont laissé entendre que le gouvernement argentin serait disposé à recevoir des Français qui, du fait de leur position politique durant la guerre, seraient exposés, s'ils revenaient en France, à des mesures d'extrême rigueur ou à des vengeances privées.
L'arrivée de Perón. La lettre fait partie des documents qui viennent d'être découverts dans les archives diplomatiques italiennes par la Commission d'éclaircissement des activités nazies en Argentine (Ceana). La réponse a égal




