Il est rarement donné aux responsables d'ONG occidentales qui se
rendent en Corée du Nord d'en voir plus que ce qui est autorisé par les autorités. Le hasard vient cependant, parfois, rompre le strict encadrement auquel est soumis l'Occidental de passage. Appelons-le Christian. Il refuse, par crainte des représailles, de détailler les circonstances qui l'ont amené, voilà peu de temps, dans ce village de montagne de 8 000 habitants situé à une centaine de kilomètres de Pyongyang. Là, les habitants semblent plus que de coutume désireux de montrer la détresse dans laquelle ils se trouvent.
On l'amène tout d'abord au dispensaire, où il découvre le spectacle, peu surprenant, de dizaines d'enfants squelettiques, qu'on l'autorise à photographier. Certains, lui dit-on, sont si mal en point que, lorsqu'ils se cassent un bras ou une jambe, l'os refuse de se ressouder, tant sont grandes leurs déficiences en calcium. Puis on l'amène dans une pièce à l'écart. Là gisent cinq enfants, pour autant qu'il puisse en juger, en train de mourir de faim. Ils n'en ont plus pour longtemps; leur aspect est tel que ses hôtes lui refusent le droit de les photographier. «C'est trop honteux de montrer des enfants comme ça», lui dit-on.
Chose presque inimaginable, on l'autorise à visiter à l'improviste plusieurs familles. Elles avouent absorber, pour toute nourriture, jour après jour, un unique et maigre brouet de chou et de maïs. «A mon âge, j'ai de plus en plus de mal à le digérer», lui confie une pers




