Ben Kiernan dirige le Programme sur le génocide cambodgien (PGC),
conduit depuis 1994 par l'université américaine de Yale et financé par le département d'Etat américain. Ce programme documente le génocide commis par les Khmers rouges au Cambodge en 1975-1979. Les archives et les témoignages recueillis par les équipes sur place du PGC font partie d'un travail de recherche historique, mais aussi judiciaire, puisqu'ils pourront servir à instruire un éventuel tribunal habilité à juger les criminels khmers rouges.
Pour Kiernan, un tel procès est plus proche qu'il ne l'a jamais été. Hormis Pol Pot, décédé le mois dernier, les principaux officiels khmers rouges sont toujours vivants. Ils se cachent en ce moment au nord du Cambodge, près de la frontière thaïlandaise. Les «biographies» de 600 ex-officiels khmers rouges ont été établies par le PGC pour aider un éventuel tribunal international à décider des mises en accusation. L'universitaire australien et son équipe ont établi un bilan précis du génocide. Sur une population estimée à 7,9 millions d'habitants, le régime de Pol Pot causa la mort d'1,7 million de personnes, soit plus de 20% de la population. Dans son livre (1), Kiernan écrit: «L'unicité du génocide au Cambodge ne se réduit cependant pas seulement à ce bilan, sans égal en ce siècle, de la liquidation de presque un quart de la population du pays, mais à la mobilisation totale des formes raciales et sociales de ce crime.» Entretien.
L'une des thèses de votre livre consiste




