Bogota, envoyé spécial.
La Colombie est le cauchemar du «tsar» antidrogue américain Barry McCaffrey. Cette guerre toujours recommencée a beau être émaillée de victoires, de «coups décisifs» et de communiqués triomphants, elle se traduit inexorablement, à l'heure des bilans globaux, par un constat de défaite. Deux chiffres pour le résumer: alors que les autorités s'honorent d'avoir éradiqué l'an dernier des superficies inégalées de cultures clandestines, les satellites américains ont évalué à 102 000 hectares de plantations de feuilles de coca, de pavot et de marijuana. Non seulement les paysans ont compensé les quelque 48 131 hectares officiellement détruits par l'armée et la police, mais ils sont parvenus à accroître de 18 % en un an la surface totale des cultures illicites. La Colombie est même devenue, en 1997, le premier pays producteur au monde de feuilles de coca.
Comment s'étonner dès lors que le diagnostic de l'agence antidrogue (DEA) reste désespérément stable: la Colombie, estime-t-elle, produit et exporte toujours 80 % de la cocaïne consommée aux Etats-Unis. La lutte se mène tous azimuts, paradoxalement animée par le chef de l'Etat, Ernesto Samper, un homme devenu dans le monde le symbole de la corruption au sommet, pour avoir bénéficié de subventions du cartel de Cali (6,2 millions de dollars, plus de 36 millions de francs), lors de sa campagne électorale en 1994.
Niant l'évidence, Samper a toujours prétendu qu'il n'était pas au courant, et, dans son zèle à conva




