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Portrait

Le petit vendeur de bois devenu prince des affaires. Abiola s'était taillé une image de bienfaiteur.

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Publié le 09/07/1998 à 7h28

C'est un président manqué qui manquera au Nigeria. Au moment où il

devait confirmer à une importante délégation américaine qu'il acceptait la condition préalable à sa libération (le renoncement à son statut de «président élu» en 1993), le coeur de Moshood Abiola a flanché. Trop d'émotions après quatre années d'emprisonnement dans des conditions d'isolement total, avec la Bible et le Coran comme seuls compagnons de cellule? Ou l'empoisonnement de cet opposant jugé incontrôlable par la junte militaire parce que peu susceptible, une fois libéré, de tenir sa promesse sous la pression de ses partisans?

De sitôt, la controverse ne s'éteindra pas. D'autant que la vie de Moshood Abiola alimente le débat. Ce multimilliardaire «philanthrope», Yoruba originaire du sud-ouest, mais musulman comme la majorité de la population au Nord, fût-il «le Mandela nigérian» sans happy end ou, au contraire, un flamboyant affairiste qui voulut s'affranchir de la tutelle des généraux, longtemps ses associés en affaires? Sa biographie permet les deux lectures, mais sa détention et sa fin tragique font de lui un martyr de la démocratie.

Réussite fulgurante. Moshood Kashimawo Abiola a taillé sa légende dans la modestie de ses origines. Prétendument le seul enfant survivant d'une mère marchande de noix de kola, ayant eu 23 grossesses, son second prénom signifie: «Voyons ce qui va arriver à celui-là». On a vite vu. Vendeur de bois de chauffe et, à 14 ans, choriste chantant aux mariages et funérailles «pour avo

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