Tokyo, de notre correspondante.
Les journées commencent très tôt à Sanya. Il en a toujours été ainsi, depuis sans doute le début de l'ère Meiji (1868), date de l'émergence d'un sous-prolétariat urbain. Mais l'avenue principale de cette «cité des hommes» du nord-est de Tokyo, où affluent bien avant l'aube ouvriers à la petite semaine, travailleurs journaliers, marginaux et laissés-pour-compte de la société d'abondance, n'est plus ce qu'elle était. Véritable Bourse du travail des milieux populaires, condensé explosif de la société japonaise où le milieu faisait la loi, Sanya s'est endormi avec la récession. A l'image des quelques centaines de travailleurs qui continuent de battre le pavé au petit matin, moitié par habitude, moitié dans l'espoir de croiser les rares camionnettes de tehaishi (marchands de main-d'oeuvre) venues les embarquer vers un chantier providentiel. Même les yakusas, maîtres incontestés des lieux, qui roulaient encore les mécaniques il n'y a pas si longtemps, sont devenus «gentils», dit un vieux du quartier.
Pêcheur de seiches. «Au début des années 60, au moment de la préparation des Jeux olympiques de Tokyo et après la crise de 1973 jusqu'à l'éclatement de la bulle spéculative de la fin des années 80, Sanya, qui s'étend à peine sur trois kilomètres carrés, accueillait jusqu'à 20 000 journaliers», se souvient Jean Le Beau, cofondateur de Sanyu-kai, un groupe de volontaires, créé voilà bientôt quinze ans, qui effectue régulièrement des rondes le soir pour rama




