Mauritanie, envoyée spéciale.
Un tas de petits requins morts sur le sable, ailerons déjà coupés. Plus loin, au pied d'une claie de séchage à l'odeur puissante, des raies guitares moins fraîches, couvertes de mouches, sont elles aussi amputées de leurs lucratifs appendices. Dans la nuit, les chacals du désert viendront dévorer cette pitance. Les pêcheurs imraguens, seuls résidants autorisés du parc national mauritanien du banc d'Arguin, ne s'intéressent guère à la chair, vendue trop bon marché. «Toutes ces protéines qui pourrissent, pendant qu'à Nouakchott des gens crèvent de faim!» fulmine un scientifique mauritanien en mission dans la région. Avant les requins et les raies, les pêcheurs rejetaient dans les dunes des milliers de tonnes de mulets jaunes, qu'ils se contentaient d'éventrer pour extraire la poutargue les oeufs du corps des seules femelles. Depuis dix ans, la poutargue est payée presque aussi cher que le caviar par les Européens. Les populations de mulets du banc d'Arguin, véritable nurserie des fabuleuses ressources halieutiques de la Mauritanie, ont rapidement baissé. Depuis trois ans, la pêche aux requins a donc remplacé celle des mulets, séchés autrefois par les femmes. Mais les squales ne se reproduisent pas assez vite. Les Imraguens, lointains descendants d'un groupe d'Africains venus d'ailleurs, en sont aujourd'hui réduits à prendre des bébés requins. Les stocks diminuent à vue d'oeil.
Prairies marines. A Nouakchott, le gouvernement a décrété l'état d'ur




