Tokyo, de notre correspondante.
De tous les pays développés, le Japon est le dernier cas de démocratie bloquée. Hormis la parenthèse de 1993, où après trente-huit ans de pouvoir sans partage, le Parti libéral-démocrate (PLD) avait perdu la majorité au Parlement, le pays n'a connu aucune alternance politique depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est ce système que l'on pourrait qualifier de «démocratie à parti unique», établi depuis des décennies, que les électeurs nippons, mobilisés en masse pour une fois, ont voulu sanctionner lors du scrutin national de dimanche. Un système que résume l'expression «triangle de fer» censée décrire la collusion entre le monde politique réduit en fait aux dirigeants du PLD les milieux d'affaires et la haute administration et qui a si bien réussi au Japon pendant les années du miracle économique. «Les électeurs ont dit non au système établi qui lie le PLD, les bureaucrates et le secteur privé dans des relations incestueuses», expliquait hier le professeur Takamitsu Sawa de l'université de Kyoto.
«Etat-PLD». Le taux de participation supérieur à 58% signifie que 15 millions d'électeurs de plus que lors des sénatoriales de 1995 se sont déplacés pour voter. Et dans la grande majorité des cas, selon les sondages sortis des urnes, ces nouveaux électeurs ont voté contre le PLD dominant et le système de pouvoir qu'il incarne. «La démocratie est toujours vivace dans ce pays», pouvait se féliciter hier l'éditorialiste du quotidien progressiste Asahi. I




