Depuis 1995, l'ONU attendait le rapport du gouvernement algérien sur
les droits de l'homme. L'émotion de l'opinion publique internationale après les grands massacres de l'été et de l'automne 1997 a poussé les autorités d'Alger à déposer finalement ce document en mars 1998 auprès du comité des droits de l'homme de l'ONU. Examiné hier et aujourd'hui à Genève, ce texte de 55 pages se borne, pour l'essentiel, à énoncer les décrets et textes de lois algériens sans jamais parler de leur application concrète, ce qu'avait déjà «regretté» l'ONU à propos d'un précédent rapport déposé en 1991. Plus étonnant: ce texte, censé parler des droits de l'homme, ne fournit aucune des indications habituellement fournies dans ce type de document, comme le nombre de prisonniers. Il fait l'impasse sur des épisodes noirs de la guerre civile, par exemple la mutinerie de la prison de Serkadji, en février 1995, où 96 détenus au moins et 4 gardiens ont trouvé la mort dans des conditions troubles. Pas un mot, non plus, sur les milices gouvernementales, dont Alger affirme ne pas connaître les effectifs (elles compteraient au minimum 100 000 hommes) et sur leurs exactions. L'explication fournie pour expliquer la suspension de l'hebdomadaire la Nation n'est pas moins surprenante. Alors que les autorités avaient toujours mis en avant une «dette de ce journal», le rapport l'attribue à la publication par la Nation, le 26 juillet 1992, d'une «information faisant état de l'arrestation du leader spirituel des toua




