Ciudad de Guatemala, envoyé spécial.
A 25 ans, Carmina en paraît le double. Des rides ravinent sa face ronde et cuivrée, l'épais chignon a viré au gris. Dès l'aube, elle campe avec ses deux gamins de 7 et 5 ans sur l'avenue Reforma, au coeur des beaux quartiers de la capitale. Les petits lavent les pare-brise des voitures piégées au feu rouge. Carmina propose des bouquets de roses à des automobilistes qui font semblant de ne pas la voir. Il manque une petite fille. Elle s'appelait Chiantla, le nom d'un bourg dans les montagnes, à 130 km au nord-est. Elle s'appelle peut-être désormais Betty ou Myriam, et vit, croit savoir Carmina, quelque part dans l'Ohio, aux Etats-Unis. «Je voulais avorter, raconte-t-elle avec la voix douce des indiennes Mayas. Ma tante m'a suggéré de faire plutôt adopter le bébé par des étrangers. Elle m'a présenté un de ses amis qui travaillait, paraît-il, pour un avocat. L'homme est venu me voir au bidonville. Il m'a expliqué que j'aurais de l'argent si je lui donnais le bébé. Il m'a fait accoucher dans une clinique. C'est là que j'ai signé des papiers. J'ai reçu 200 dollars, et l'avocat a pris Chiantla. Ça me fait encore mal au coeur, mais au moins, j'en suis sûre, elle est heureuse aujourd'hui.»
Chercheurs de bébés. Le petit Juan Carlos Ramirez, né le 13 août 1997, n'a pas eu cette «chance». Le mardi 18 août, à l'issue d'un procès inédit au Guatemala, il a été remis par le juge des mineurs à sa mère naturelle, Elvira Ramirez, 30 ans. Tout le monde pleur




