Génocide au Rwanda, guerres ethniques, prisonniers politiques, tortures ... A-t-on vraiment progressé sur le front des droits de l'homme?
Oui, on a progressé, non sans souffrances ni échecs. Si l'on prend les deux états des lieux, en 1948 et en 1998, il y a de très grandes avancées. La décolonisation a mis fin à un état qui était par essence la négation des droits de l'homme; l'apartheid a été aboli; les principales dictatures fascistes ont disparu, notamment en Amérique latine; et, avec la chute du mur de Berlin, le système communiste. Sur la carte du monde, les taches sombres ont singulièrement diminué. Bien sûr, il y a le Centrafrique, le Kosovo, le comportement barbare des taliban ou la situation algérienne. De même, en cinquante ans, combien de massacres, de guerres, et ces 50 millions de réfugiés qui vivent encore aujourd'hui dans des camps? Mais, à côté d'immenses crimes, il y a eu d'immenses victoires.
Comment expliquer cette évolution?
Le facteur principal, c'est la fin de la guerre froide. On a à la fois fait tomber l'Empire soviétique et mis fin à la pratique kissingérienne qui consistait à soutenir des dictatures de droite pour le combattre. Cela justifiait tout. Certes, la situation n'est pas satisfaisante. Mais l'idée des droits de l'homme domine désormais la conscience universelle. La Déclaration de 1948 est devenue l'horizon moral de notre temps.
N'est-ce pas surtout un progrès de l'hypocrisie?
De la part de certains. Mais souvenez-vous des années 30. A cette époque, la philosophie des droits de l'homme était rejetée ouvertement, brutalement, par les nazis notamment. C'est la principale victoire: personne n'ose aujourd'hui les remettre en cause. Leur violation est niée, camouflé




