Bogota envoyé spécial.
«Bienvenue au pays du chaos et de la complexité.» Coordinateur des Nations unies en poste à Bogota, Francesco Vincenti plante le décor du dernier théâtre de guerre civile de l'Amérique latine. Et Victor G. Ricardo, l'homme chargé d'explorer au nom du gouvernement les chemins d'une paix négociée, résume la trame sociale du drame: «La Colombie est un pays où les pauvres ne mangent pas, où les classes moyennes ne vivent pas et où les riches ne dorment pas.» C'est une drôle de guerre, impalpable, sans front ni positions, quasiment sans affrontements directs. Une guerre aux acteurs multiples qui nouent des alliances contre-nature et réversibles, où un ennemi peut en cacher un autre. Où tous les coups sont permis: exécutions, enlèvements contre rançon, attentats, tortures, représailles, massacres collectifs, trafic d'armes et de drogue, calomnie et désinformation. Les adversaires sont partout à la fois et nulle part, presque toujours invisibles, éparpillés sur un territoire grand comme deux fois la France. Une guerre longue de trente-quatre ans, et sans vainqueurs. Mais qui a mis un pays à genoux, et à la liste des 100 000 victimes estimées il faut ajouter le cadavre de l'Etat, impuissant à assumer ses tâches élémentaires dans au moins la moitié du pays, inconsistant ailleurs sauf, et encore, dans les beaux quartiers de Bogota et des principales métropoles. La police est dépassée, la justice corrompue. 95% des crimes de droit commun ou liés au narcotrafic re




