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Libération
Enquête

GRAND ANGLE. Des Nord-Coréens témoignent. Les damnés de la faim. Au péril de leur vie, ils fuient une misère extrême. Le flot de réfugiés nord-coréens vers les régions limitrophes de la Chine se fait de plus en plus dense.

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Publié le 30/04/1999 à 0h31

Les récits des réfugiés nord-coréens le long de la frontière

chinoise offrent les seuls témoignages directs que l'on puisse recueillir sur la situation qui règne en Corée du Nord, l'un des pays les plus fermés de la planète. Depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, le régime de Pyongyang s'est retranché derrière un système dictatorial et stalinien. La plupart des réfugiés affluent des régions dites «fermées» du «Royaume ermite», et leurs témoignages concordent: ils décrivent des provinces à l'agonie, souffrant de la famine.

Frontière nord-coréenne, province chinoise de Jilin envoyée spéciale.

Piao a onze ans et en paraît sept. Réfugié nord-coréen, il n'oublie pas cette nuit de décembre dernier, froide, voilée de brouillard. Depuis trois jours, il attendait aux abords du fleuve Tumen, avec son père et sa mère, un passeur qui ne venait pas. De l'autre côté, ils apercevaient la Chine. Exténués après dix jours de marche à pied, ils fuyaient Hamhung, un port sur la mer du Japon, la misère.

A la faveur d'une relève des gardes-frontière et de la brume, ils ont couru jusqu'à la berge. Le fleuve était gelé ­ mais large d'à peine une centaine de mètres et guère profond, avaient juré les montagnards. Ils ont entamé la traversée glissante, Piao accroché aux épaules de son père, sa mère à leur suite. Parvenus au milieu du fleuve, un craquement les a fait sursauter; ils se sont retournés pour apercevoir la plaque brisée, les deux mains de la mère qui disparaissaient. Elle n'avait pas cri

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