Cinq ans après le «miracle» de la fin de l'apartheid et l'alternance au pouvoir grâce au suffrage universel, nombre de Sud-Africains le pensent, mais personne ne le dit publiquement, par respect pour Nelson Mandela: parce qu'il a été le grand-prêtre d'une réconciliation nationale érigée en religion civique, l'ex-prisonnier politique devenu président rend un dernier service au pays, et non le moindre, en partant à la retraite tant que son image n'est pas encore atteinte. De cette façon, il restera, aux yeux de ses compatriotes et du monde entier, un saint en chair et en os, l'apôtre de l'intégration raciale, l'homme qui a racheté par son sacrifice un passé ignominieux de ségrégation. Mandela, le père de la «nation arc-en-ciel», quitte le pouvoir avant que ses héritiers n'aient besoin de le bousculer sur son piédestal.
Ce sont surtout des Sud-Africains noirs, à l'intérieur et à l'extérieur de l'ANC, qui souhaitent aujourd'hui que «Tata» (le père, comme il est surnommé affectueusement) prenne une retraite bien méritée. Moins parce que Mandela, à 80 ans, aidé d'une prothèse auditive, la démarche entravée par une opération du genou et les yeux abîmés par les éclats des pierres cassées sur l'île-pénitencier de Robben Island, montre des signes évidents de fatigue. Mais, plutôt, parce que l'aura du grand homme porte ombrage à un pays qui, épuisé d'être célébré comme modèle, doit enfin affronter ses problèmes persistants, ceux des «deux nations» coexistant de plus en plus difficilemen




