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Recrudescence de suicides au Japon. La récession économique a de funestes conséquences dans l'archipel.

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Publié le 15/06/1999 à 23h32

On pouvait se douter qu'au pays des Kamikazes et des suicides

rituels, les nouveaux chômeurs seraient, plus qu'ailleurs, enclins à mettre fin à leurs jours. Les statistiques viennent aujourd'hui confirmer ce soupçon: 31734 Japonais se sont donné la mort en 1998, soit 35% de plus que l'année précédente, a conclu hier une étude du ministère de la Santé et des Affaires sociales. Les Japonais expliquent cette progression inédite depuis la Seconde guerre mondiale par la récession économique qui frappe l'archipel depuis plusieurs années. Le taux de chômage a ainsi atteint le cap des 5% des hommes actifs à la fin avril ­ le taux le plus élevé depuis les années 50.

La funeste déprime est particulièrement forte parmi les quinquagénaires, dont le taux de suicide a été multiplié par 1,5 en un an. Ces hommes sont les spectateurs impuissants de «l'écroulement des fondations d'un système social qu'ils considéraient comme acquis», avance Yukio Saito, un psychiatre responsable d'un service d'écoute pour la prévention des suicides à Tokyo. Depuis le 23 mars, cette «génération sacrifiée» a même son martyr. Ce jour-là, Masaharu Nonaka, salaryman depuis trente ans dans l'entreprise du groupe pneumatique Bridgestone, s'est fait seppuku (c'est-à-dire qu'il s'est ouvert le ventre) dans l'antichambre du directeur-général du groupe. Cet employé sans histoire de 58 ans était, peu de temps auparavant, venu faire part au PDG de sa «frustration» pour avoir été encouragé à «laisser la place aux jeunes». A

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