Gölcük, envoyé spécial.
C'est une tente bleue, cachée derrière ce qui reste du lycée de Gölcük. Dessous, assise sur un banc, Adira attend. Elle pleure. «Elle pleure tout le temps, faites-la passer avant les autres.» Emmanuel Martinez est infirmier psychiatrique, intégré à la Sécurité civile française. «C'est la première fois que l'on procède à des interventions psy d'urgence sur une catastrophe étrangère. Mais ça n'a rien d'officiel, juste une mini-cellule informelle, avec un médecin, un interprète et moi.» Adira doit parler, raconter son histoire. Olivier Fossart, médecin généraliste et psychothérapeute, la pousse, l'engueule presque pour que surgisse une fois encore cette nuit où tout a tremblé autour d'elle. Sa maison sur les hauteurs de Gölcük a résisté, pas celle de sa fille, plus en contrebas. «Elle est morte écrasée, mon gendre aussi et deux de leurs enfants. Les autres étaient chez moi en vacances. Je suis veuve et maintenant je suis seule avec eux.» Après une demi-heure de larmes et de paroles, Olivier est rassuré. «Elle s'en sortira. Le fait de demander si l'Etat va lui retirer ses petits-enfants prouve qu'elle pense à l'avenir, à son avenir.»
Onze parents disparus. Dans le petit groupe où chacun attend son tour, une autre femme n'attend rien. Elle ne pleure pas, ne dit rien, ou presque, depuis une semaine. Sa famille l'a amenée et a expliqué son cas à Emmanuel. «En fait, elle a perdu son frère. Mais il y a eu de gros dégâts dans la famille: onze personnes disparue




