Même si l'Afrique était un continent idyllique, en paix, peuplé
d'habitants riches et instruits, la pandémie du sida serait un défi lancé à plusieurs générations; un fléau changeant la vie dans tous ses aspects, des plus intimes à la pyramide des âges. Car l'Afrique abrite les deux tiers des 34 millions de porteurs du virus HIV dans le monde, quelque 23 millions de malades potentiels, dont les neuf dixièmes ignorent le danger que recèle leur corps, faute de dépistage et d'éducation sexuelle.
Rien que l'année dernière, 3,5 millions d'Africains ont contracté le germe mortel et 2,5 millions d'entre eux avaient entre 15 et 25 ans, la génération de relève. Chaque jour, 12000 personnes de plus sont infectées. Un tiers de ces contaminés sont des enfants, condamnés à mort par leurs parents, lesquels ont bravé le sida, la «maladie du Blanc» inventée, selon eux, pour refréner la vitalité génésique des Noirs. Des parents qui n'ont pas mis de préservatif, parce qu'ils ne savaient pas ou parce que, même à 25 centimes, ils ne pouvaient se le payer, à moins qu'ils ne soient tombés sur l'un des lots défectueux déversés sur ce continent poubelle. Sur dix enfants séropositifs, neuf naissent en Afrique. Le nombre des «orphelins du sida» y a triplé entre 1994 et 1997.
Or l'Afrique n'est pas un continent idyllique. Sur toute la «diagonale du fou», de l'Erythrée à l'Angola en passant par l'Ethiopie, le Soudan, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville, le continent




