A un an de l'élection présidentielle, la seconde depuis la
disparition, en 1993, de Félix Houphouët-Boigny, la Côte-d'Ivoire vit dans un climat de guerre civile naissante. La rivalité entre le successeur d'Houphouët et l'un de ses anciens Premiers ministres Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara non seulement empoisonne la vie politique mais, par-delà, dresse le Nord musulman contre le Sud chrétien, les Ivoiriens contre les étrangers vivant dans le pays, souvent depuis longtemps. Ainsi, Ouattara, lui-même musulman, menacé de ne pas pouvoir se présenter à la prochaine élection, a déclaré samedi à Paris que les tracasseries dont il est victime ont pour but de «faire en sorte que la Côte-d'Ivoire ne tombe pas aux mains des musulmans». Et d'ajouter qu'il irait «jusqu'au bout». Dans une interview recueillie avant la déclaration d'Ouattara, le président Bédié s'est expliqué à Libération.
N'est-ce pas vous qui avez mis le feu aux poudres avec l'«ivoirité», l'affirmation d'une préférence nationale?
Nous sommes une population qui intègre 33% d'étrangers. Qu'on cesse de nous faire la leçon! Aucun pays, pas seulement en Afrique, ne nous arrive à la cheville pour ce qui est de l'hospitalité. En Afrique de l'Ouest, sur 100 migrants, 98 viennent en Côte-d'Ivoire. Chez nous, il y a des étrangers dans tous les secteurs de l'économie. Après l'indépendance, des étrangers ont été ministres en Côte-d'Ivoire. Houphouët-Boigny, qui n'était pas français mais qui avait été, avant l'indépen




