C'était il y a un an, à Meymaneh, dans le nord de l'Afghanistan. Coincé dans une offensive éclair des taliban, un petit groupe de membres de MSF s'était retranché à l'intérieur d'un bunker, sur lequel les obus tombaient dru. Au bout d'une semaine de pilonnage, il y eut une accalmie, puis deux jours de fuite éperdue dans les montagnes, avec au bout du compte la vie sauve. Aujourd'hui, assis dans son bureau de Nairobi, Cédric Martin veut se souvenir d'une «anecdote» qui démontre que, «lorsqu'on travaille dans des situations d'urgence, il y a des choses à éviter»: «Etre pris dans des combats, évidemment, mais aussi rester dans une région qui change de mains. Il y a alors de ces moments troubles où l'euphorie des vainqueurs peut être dangereuse pour nous.» «Nous», c'est-à-dire les «humanitaires», membres d'ONG comme MSF, pour lesquels les victoires militaires se soldent parfois par des pillages, y compris avec violences. Ce qui a conduit les French doctors, au fil des ans, à se préoccuper plus de sécurité.
Preuve que l'humanitaire, à son corps défendant, servirait aussi à faire la guerre? Pour Cédric Martin, chargé à la fois de la logistique d'hôpitaux de campagne et de la sécurité des équipes MSF: «Les conflits sont complexes, les rapports entre les ONG et les factions au milieu desquels nous travaillons aussi. C'est à nous de faire attention.» Depuis Meymaneh, il a gardé ses boucles d'oreilles en argent, sa longue natte dans le dos, une allure de routard marchant dans les pas d




