Buenos Aires, de notre correspondante.
Rarement campagne électorale argentine aura été moins passionnée depuis le retour de la démocratie, il y a seize ans. Son seul piment date de plusieurs mois déjà: la tentative du président sortant, Carlos Menem, de se maintenir au pouvoir en dépit d'une Constitution n'autorisant que deux mandats consécutifs. Depuis le désistement de Menem, l'avalanche de sondages n'a jamais démenti la nette avance du candidat de l'opposition (Alianza), Fernando de la Rua, sur son principal rival, Eduardo Duhalde (Parti Justicialiste PJ au pouvoir, péroniste). Depuis des mois, de la Rua est unanimement crédité de près de 45% des voix, ce qui lui suffirait pour emporter l'élection au premier tour. S'il n'atteignait pas cette barre, 40% des voix et une différence de dix points lui donneraient également accès au fauteuil présidentiel. Or, les enquêtes prédisent un écart de 14 points, ce qui exclurait donc tout ballottage.
«Chirurgie sans anesthésie». Cette montée de l'opposition puise sa source dans le profond désenchantement des Argentins au terme de dix années de «ménémisme». Passée l'euphorie des premiers temps, la sortie du gouffre hyperinflationniste et la modernisation de l'économie à grands coups de privatisations, les Argentins ne sont plus prêts à supporter le coût social de cette «chirurgie sans anesthésie». Le chômage (plus de 15%) et la précarité de l'emploi sont devenus le coeur de leurs préoccupations. Ainsi que le profond discrédit des ins




