Sleptssovsski, envoyée spéciale.
La file d'attente est longue devant la vieille porte en bois sur laquelle on peut lire: «Département de psychiatrie-neurologie, ouvert tous les jours de 8 heures à 17 heures sauf le dimanche». Jusqu'à mi-hauteur de l'escalier, une quinzaine de personnes attendent en silence. En majorité des femmes. Elles regardent leurs pieds, l'une d'entre elles a des tremblements de lèvres incontrôlés. Quelques jeunes hommes sont aussi là, adossés au mur ou accoudés à la rampe, le regard vague. Périodiquement, la porte bleue s'entrouvre et, de l'intérieur, une voix féminine lance, d'un ton las: «Au suivant!» A l'intérieur, c'est un minuscule cabinet. On y trouve deux tables et derrière chacune d'elle une femme, deux chaises disposées en face de chaque table et un lit d'hôpital. Les murs sont grisâtres, la lumière crue: une ampoule pendouille au bout d'un fil. Neïla Kornienko, 42 ans, est la psychiatre de garde en cette matinée de la mi-janvier. La femme qui l'accompagne est une infirmière. Du matin jusqu'au soir, elles écoutent les malheurs d'une population mixte (Russes, Tchétchènes, Ingouches) qui a psychologiquement du mal à survivre dans des conditions si désarmantes.
Traumatisme. Neïla, discrètement mais élégamment maquillée, une haute toque blanche sur la tête la faisant ressembler à un chef de grand restaurant, un châle en laine beige passé à la hâte sur sa blouse blanche pour braver le froid ambiant, livre son analyse: «C'est très simple. Avant ces




