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Libération
Enquête

GRAND ANGLE. Le spectre de la guerre hante encore Freetown. Le passé mutilé de la Sierra Leone. Symboles de la guerre civile qui a ensanglanté la Sierra Leone pendant huit ans, les amputés incarnent aussi la mauvaise conscience d'un conflit que tout le monde veut oublier.

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Publié le 28/01/2000 à 21h37

Freetown, envoyé spécial.

Il est assis sur une banquette en ciment, les genoux ramenés au corps, la tête appuyée sur ses deux moignons. Mohamed Mboi Barry, 47 ans, raconte comment les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) sont arrivés à Freetown. «Le 6 janvier 1999, ils sont entrés en ville. Tout s'est bien passé. Mais quand ils ont battu en retraite, deux jours plus tard, ils étaient fous de rage, drogués aussi.» Un groupe de jeunes, «15 ans à peine», qui s'étaient tailladé la peau pour placer sous un sparadrap de la «poussière d'ange», le nom local du crack à base de cocaïne, ont accusé le vendeur de fripes d'être un espion et de les avoir dénoncés aux soldats. «On était sept. Ils m'ont pris, moi et un autre, et ils nous ont amputé les mains en disant : "Allez voir le président Tejan Kabbah. Il vous les rendra. Je les ai implorés de me tuer, mais ils n'ont pas voulu.»

«Manches courtes». Dans le camp de Médecins sans frontières (MSF) qui les accueille à Freetown, 174 mutilés à la machette font à peu près tous le même récit. Lamine Jaka Jussu était agent d'une société de gardiennage. Est-ce pour cela que les rebelles lui ont sectionné les avant-bras, «taillé des manches longues», comme ils disaient ? «Je n'en suis pas sûr, répond-il. Comme leur but est de terroriser les civils, c'est totalement arbitraire.» L'homme disparaît un quart d'heure dans la cabane qu'il partage avec sa femme et ses enfants. Il en ressort, vêtu d'un tee-shirt qui cache l'appareillage reliant

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